Les propriétaires d’entreprise doivent prendre plusieurs décisions difficiles. Décider de la meilleure façon d’investir pour la retraite peut être un défi.
Mes fils apprécient la série de livres « Who would win » de l’auteur Jerry Pallotta. Ils affectionnent particulièrement le livre intitulé « Ultimate Ocean Rumble » dans lequel seize créatures acceptent de participer à un combat. Dans le présent article, plutôt que déterminer qui gagnerait la bataille entre un requin tigre et un crocodile de mer, nous évaluons la stratégie gagnante entre se payer un salaire additionnel pour cotiser à son REER ou laisser cet argent à l’intérieur de la société pour faire des placements.
Ce dilemme ne date pas d’hier et est souvent examiné par les propriétaires d’entreprises et professionnels qui se sont constitués en société. Mais avec le changement des taux d’imposition au cours des années, il est toujours bon de revisiter la question. Avant de regarder de plus près un scénario, voici quelques rappels et hypothèses utilisées.
Nous assumons qu’en tant que propriétaire d’entreprise, vous vous payez un salaire pour couvrir vos dépenses personnelles plutôt que de vous verser des dividendes seulement. Un salaire va générer des droits de cotisation au REER, ce qui n’est pas le cas avec des dividendes. Nous assumons aussi que vos taux d’imposition vont demeurer les mêmes dès la date d’investissement jusqu’à votre retraite. Les limites de cotisations au REER sont de 18 % du revenu gagné de l’année précédente, jusqu’à un maximum de 27 830 $ en 2021 et 29 210 $ en 2022. De plus, les cotisations non-utilisées des années passées peuvent être reportées aux années ultérieures, ce qui augmente votre limite de cotisations.
Pour la stratégie de placement, nous utiliserons un portefeuille équilibré avec une répartition de 60 % en actions et 40 % en revenu fixe. Nous assumons un rendement annuel de 5 %, divisé comme suit : 2 % en intérêt, 0,5 % en dividende, 1 % en gains en capital réalisés et 1,5 % en gains différés. Les différents types de revenus sont imposés différemment. Par exemple, le revenu d’intérêt est davantage imposé qu’un dividende canadien ou des gains en capital. Quant au gain différé, il a lieu lorsque le prix d’un titre augmente à un montant supérieur à celui que vous avez payé au moment de l’achat, mais le titre n’a pas encore été vendu. Ce gain différé n’est pas imposable. Le gain sera seulement imposé lorsqu’il sera réalisé, au moment de la vente du titre.
Maintenant que les hypothèses ont été clarifiées, allons-y avec notre scénario. Vous êtes propriétaires de l’entreprise manufacturière Plexiglass Inc. (PlexiCo). Il y a eu une nette amélioration du chiffre d’affaires durant la pandémie puisque plusieurs employeurs cherchent à mieux protéger leurs employés. Vous avez été en mesure de vous payer un salaire de 125 000 $ pour couvrir toutes vos dépenses personnelles et familiales et pour la première fois, votre entreprise a un bénéfice net supplémentaire de 25 000 $ dont vous ne planifiez pas utiliser pour réinvestir dans l’entreprise.
Vous avez deux options intéressantes à considérer pour investir ce surplus. La première est de sortir le montant de 25 000 $ de l’entreprise pour l’investir dans votre REER pour éventuellement le retirer comme revenu imposable à la retraite. L’autre option est de maintenir l’argent dans l’entreprise pour l’investir et éventuellement le retirer sous forme de dividende durant la retraite.
Avec la première option, vous pourrez investir le plein montant de 25 000 $ dans un REER. Avec un rendement annuel de 5 % sur une période de 25 ans, la valeur du REER augmentera à 88 892 $. En assumant un taux d’imposition de 42,52 %, il vous restera 51 095 $ après impôt dans vos poches.
Avec la deuxième option, puisqu’il n’y a pas de déductions pour la dépense de salaire additionnelle, la société devra payer le taux d’imposition des petites entreprises de 11,5 % sur le profit de 25 000 $, ce qui laisse 22 125 $ pour investir. Après 25 ans de croissance à un rendement annuel de 5 %, réparti et imposé tel qu’indiqué dans les hypothèses, le placement aura une valeur de 50 398 $. En appliquant le taux d’imposition sur dividende et le mécanisme de remboursement d’impôt à l’entreprise selon les règles de 2021, et en tenant compte du compte de dividende en capital selon les mêmes taux d’imposition pour la période d’investissement, vous finirez avec 40 895 $ dans vos poches, soit environ 10 000 $ de moins qu’avec la première option.
Dans cet exemple, nous voyons que sur une période de 25 ans, il y a un net avantage de sortir le profit excédentaire de l’entreprise pour investir dans votre REER, plutôt que de garder l’argent dans l’entreprise pour l’investir. Chaque cas devrait être évalué pour tenir compte de s circonstances spécifiques afin de déterminer la meilleure approche, mais si vous investissez pour le long terme, considérez utiliser votre REER.